Les 5 axiomes de la communication

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Communication is the key‘ par Sebastien Wiertz (CC BY 2.0)

Pour ce premier article, je propose de décoder pour vous 5 clés, 5 concepts fondamentaux de la théorie de la communication de l’école de Palo Alto.

Ce sont des hypothèses, des postulats de départ qui permettent de travailler les problèmes relationnels d’une manière nouvelle.

Axiome n°1 : On ne peut pas ne pas communiquer

On peut parler ou se taire, utiliser un ordinateur ou écrire à la main, observer ou fermer les yeux, bouger ou rester immobile, manger ou jeûner… Mais il n’existe pas de contraire à la communication : tout comportement est communication.

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Purpose‘ par Hobvlas Sudoneighm (CC BY 2.0)

Exemple emprunté à la vie quotidienne : L’autre jour, j’étais dans une salle d’attente. Il y a toujours des gens pour vous parler de la pluie et du beau temps ou si le pain est bon dans la boulangerie du coin, bref le genre de conversation qui m’ennuie. Peut-être suis-je un peu associable ?  Alors après une réponse courte et un sourire poli, je me plonge dans le bouquin que j’ai emporté. Le fait que je ne souhaite pas parler ne signifie pas que je ne communique rien, en particulier sur le plan non-verbal. En effet, si l’autre me voit absorbée dans mon roman, il interprète cela comme : « elle est dans l’impossibilité d’avoir une conversation pour l’instant. » Dans une version plus ambiguë, la personne peut aussi comprendre mon silence comme du mépris – ce qu’il n’est pas ! – mais ce sont les risques de la communication : mon message peut aussi être mal interprété.

Bref, « on ne peut pas ne pas communiquer » signifie que dès que deux personnes sont co-présentes, il y a – qu’on le veuille ou non – un échange de messages verbaux et non-verbaux.

Axiome n°2 : un message contient un indice et un ordre

Dans une phrase prononcée par quelqu’un, il y a d’abord une information : c’est la partie « indice ».

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The M-tea bag is full‘ par Theilr (CC BY-SA 2.0)

Par exemple, « le thé se range dans le placard de gauche ». On imagine bien l’indication topographique. Mais mon message contient aussi la relation que je veux imposer à l’autre. Si ce message s’insère dans une conversation houleuse avec mon mari, il signifie alors : « c’est à moi de décider où se rangent les affaires dans la cuisine. » S’il s’adresse à un enfant, je veux lui faire comprendre que j’attends de lui qu’il range les choses à leur place après les avoir utilisées. Pour un ami, ce sera simplement une invitation à se servir et à faire comme chez lui.

Mon message contient aussi un ordre, une prescription de comportement de l’autre vis à vis de moi. L’idée maîtresse de cet axiome est qu’une parole n’est jamais neutre et qu’elle nous engage déjà dans une relation qu’on façonne. Dans toute interaction, on impose à l’autre notre vision de la relation qu’on souhaite avoir avec lui. Dans sa réponse, il peut souscrire à cette relation ou bien en proposer une autre. Et de même dans la suite de l’échange. Ce qui fait que certaines conversations n’ont au fond d’autres but que d’imposer à l’autre une forme de relation.

Il semble en fait que plus une relation est spontanée et « saine », et plus l’aspect « relation » de la communication passe à l’arrière-plan. Inversement, des relations « malades » se caractérisent par un débat incessant sur la nature de la relation, et le « contenu » de la communication finit par perdre toute importance.

Une logique de la communication p. 50

Axiome n°3 : les individus ponctuent différemment les faits selon leur point de vue

Cet axiome est mon préféré, parce que c’est un puissant ressort comique. La ponctuation a un sens quasi grammatical : c’est le point de vue qui détermine l’endroit où l’on fait commencer  la phrase des échanges. Si l’on modélise ainsi les paroles d’une dispute : A → B → A → B  → A. Pour l’individu B, c’est A qui a eu l’initiative de l’échange et la première parole de A a agi comme un stimulus auquel B n’a fait que réagir. Or, pour A au contraire, sa première parole n’avait rien de polémique, c’est B qui a commencé les hostilités auxquelles A n’a fait que répondre.

On voit à quel point la causalité linéaire est inopérante pour comprendre la communication : il lui manque la notion de feed-back. L’effet rétroagit sur la cause qui a son tour modifie son effet à tel point que les événements forment un enchevêtrement dont il devient difficile de distinguer l’origine.

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Lab mascot #1‘ par Audrey Sel (CC BY-SA 2.0)

Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous cet exemple savoureux de Watzlawick. Dans un laboratoire, lorsqu’un rat appuie sur un interrupteur, il déclenche le mécanisme d’ouverture d’une trappe qui lui donne de la nourriture. Pour l’expérimentateur, cela montre la capacité d’adaptation de l’animal : il a intégré un enchaînement entre un geste (appuyer sur le bouton) et une conséquence (déverrouiller le garde-manger). Si le rat pouvait parler, il aurait une autre conception de la situation : « j’ai tellement bien éduqué cet homme que lorsque j’appuie à un endroit, il me donne à manger. »De ce point de vue, c’est l’animal qui a l’initiative et qui fait accomplir un geste à l’expérimentateur consentant qui accepte de jouer à ce jeu.

Axiome n°4 : pour communiquer, on utilise le langage analogique et le langage digital

Le langage analogique, c’est lorsque la chose signifiée ressemble à la manière dont on l’exprime. Par exemple, pour exprimer la douceur, on va faire un caresse : il y a bien une analogie entre la chose et le signe. C’est le langage du cerveau droit, celui de la synthèse  et de la créativité. Non-verbal, c’est le langage utilisé par les animaux.

I love you in sign language‘ par Bert Heymans (CC BY-SA 2.0)

Le langage digital passe par un code qui ne ressemble pas à l’objet de départ : ainsi pour exprimer la douceur, je vais utiliser 7 formes bizarres. Il n’y a pas de lien évident entre la combinaison de ces 7 lettres et l’idée qu’elles expriment : cela nécessite un long apprentissage. C’est le langage de l’hémisphère gauche, celui de l’analyse et de la logique.

Ces définitions deviennent intéressantes lorsqu’elles permettent de comprendre comment un énoncé devient contradictoire. Par exemple, une mère dit : « Viens m’embrasser » tout en maintenant son enfant à distance. Le message verbal contredit le message non-verbal : l’enfant est écartelé entre deux suggestions, ce qui peut devenir une double contrainte (double bind) à l’origine de la schizophrénie.

Axiome n°5 : les relations sont soit symétriques, soit complémentaires

Ce que Bateson baptise du doux nom de schismogenèse désigne des formes particulières de relation qui peuvent confiner à la pathologie.

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Epic duel‘ par vtsainfo (CC BY 2.0)

La relation symétrique est régie par la stricte égalité entre deux personnes. Si l’un monte, cela crée un sentiment de rivalité et l’autre va vouloir compenser cette différence. Pourtant, on a toujours l’impression que c’est l’autre qui est favorisé et on va avoir tendance à toujours chercher à obtenir plus. C’est une escalade sans fin.

La relation complémentaire se caractérise par la maximisation de la différence. Typiquement, c’est la relation médecin / patient ou maître / élève. Celui qui est en position basse reconnaît à l’autre un surcroît de compétence ou d’autorité et respecte cette différence (dans le meilleur des cas…).

Ce qui devient pathologique, ce sont les relations de concurrence entre mari et femme ou dans une fratrie (notamment dans le cas de jumeaux). Lorsque l’un se sent soumis et frustré, cela va jusqu’à la dépersonnalisation de soi.


J’espère que ma présentation aura pu vous éclairer. N’hésitez pas à réagir en commentaire. Pour creuser la question, vous pouvez aussi lire les chapitres 2 & 3 d’Une logique de la communication.

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3 réflexions sur “Les 5 axiomes de la communication

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