Community : une série « méta »

Abed est le personnage le plus réussi de la série CommunityUn personnage de série qui sait qu’il est un personnage de série. Il prend la caméra pour filmer les séquences qui feront l’épisode. Il dirige les autres acteurs. Il se permet même de prédire le scénario avant qu’il ne se produise dans le film. Voilà ce qui fait le sel du personnage d’Abed dans la série Community.

Abed : un personnage méta-conscient

Car Abed parle explicitement d’épisode, de série, de format, de séquence, de scénario… Il utilise le métalangage, celui des techniciens en coulisse. Il connaît le cadre, c’est-à-dire les règles du jeu. Cette position atypique lui permet d’orienter les autres personnages. Par exemple, il joue le rôle du guide dans l’épisode du jeu vidéo. C’est un tuto à lui tout seul !

Le personnage d'Abed dans Community

Un sage ou un fou ?

On pourrait croire que Abed joue le rôle du geek bouffon. Il est très drôle, mais pas que. Dès le 1er épisode, on apprend qu’il est atteint du syndrome d’Asperger. Cette forme d’autisme explique son manque d’adaptation à la vie sociale, ses comportements bizarres et son goût immodéré pour les mondes virtuels. Le personnage d’Abed pose la question de la folie et de la normalité. Si le critère de la normalité, c’est celui de la réalité partagée, alors Abed est clairement anormal. Mais il est le seul à avoir une conscience aiguë du caractère virtuel de son existence. Est-ce Abed qui est fou ? Ou bien les autres personnages qui se laissent illusionner ? La différence d’Abed est une grande richesse. La connivence avec le spectateur est un ressort puissant de l’humour de Community.

épisode réalisé en stop-motion
– « Je suis le seul à voir que nous sommes en Stop-motion ? Il nous faut un thème qui colle au format. » Abed, Saison 2 épisode 11.

Puisqu’il a une connaissance des règles, il peut en jouer. Grâce à cette position méta, Abed possède une maîtrise supérieure de la situation. Non seulement il explicite les ficelles, mais il peut aussi en prendre les rênes : il dirige la caméra pour réaliser un épisode, il change de personnage pour devenir Jésus ou Evil Abed…

un petit aperçu (pour les anglophones, anglophiles – francophobes ?) :

Galerie de portraits

Les autres personnages sont peut-être un peu moins réussis, mais composent un cocktail efficace et drôle. Ce sont des stéréotypes. Dans un désordre non exhaustif, on a :

  • Shirley [Yvette Nicole Brown], la quadra, mère de famille divorcée catho,
  • Pierce [Chevy Chase], le vieux misogyne raciste,
  • Annie [Alison Brie], la jeune étudiante sérieuse et timide,
  • Craig Pelton [Jim Rash], le doyen déjanté qui assume son homosexualité et son goût pour les déguisements douteux…

Jeu de masques à plusieurs étages

Les personnages de Community sont déguisés
Jeff, Annie et… Abed

Or, dans Community, justement tous les personnages aiment à se déguiser. Que se soit pour le carnaval, pour la Fête des morts (l’Halloween hispanique), pour un anniversaire ou pour une partie de paintball, les masques se superposent. Ils rejouent Pulp fiction, les Évadés, Madame est servie, Cougar Town, Ghost, Ghostbuster, Appollo 13, Top Gun…

J’ai déjà parlé du format : stop-motion, jeu vidéo, mais aussi comédie musicale, marionnette. C’est jusqu’à leur apparence qui est modifiée. Les personnages assument aussi des variations autour de leur propre rôle. Un épisode est consacré à la mafia du nugget, un autre au western du paintball. Dans chaque univers, les personnages trouvent une place renouvelée : les acteurs campent un personnage qui joue un rôle. C’est trop méta.

Les personnages de community déguisés pour une pièce de théâtre
Britta, Shirley, Troy, Jeff, Abed, Annie

Le jeu de masques ne s’arrête pas là. Les scénaristes sont plus inventifs encore ! Abed et son acolyte Troy aiment à caricaturer leurs amis : leurs gimmicks sont mis en avant. L’épisode 9 de la saison 4 est un pur régal méta : Troy et Abed pointent les phrases-types de chacun, le slogan qui correspond le mieux à la psychologie du personnage et le caricature en l’enfermant ainsi dans son rôle.

Pourquoi Community est une excellente série

D’abord grâce à Abed, mais aussi par les autres personnages qui sont à la fois différents mais complémentaires. C’est une ficelle qui dynamise beaucoup un film. La recette : on met ensemble des êtres qui ne sont pas a priori faits pour se rencontrer : un sauvageon chez les parisiens (Un Indien dans la ville), un Godrefroy de Montmirail qui débarque au XXème siècle (les Visiteurs). Et pas seulement dans le registre comique : un flic pessimiste et un jouisseur bourgeois qui font équipe (True Detective, saison 1), une gestionnaire rigide amoureuse d’un aventurier (Jurassic Word)… C’est la différence de caractère qui insuffle une énergie puissante dans les relations entre les personnages qui, par contraste, apparaissent plus colorées.

Community : c’est quoi cette histoire ?

Si vous avez lu l’article jusque là, c’est soit que vous connaissez déjà cette série, soit que je vous ai mis l’eau à la bouche. Un minimum. Alors, chers lecteurs, je vais maintenant vous révéler le pitch de la série (roulements de tambours…) : des étudiants très différents suivent des cours à Greendale, une université « communautaire », c’est-à-dire de seconde zone. A priori, le résumé n’a pas l’air très sexy. Voilà pourquoi je vous le gardais pour la fin. Mais si vous avez toujours envie de découvrir Community, réjouissez-vous : vous avez 6 saisons à vous régaler ! Et peut-être même un film, mais chut ! ce ne sont encore que des rumeurs. Cette série créée par Dan Harmon est diffusée sur la NBC et en France sur Numéro 23.

Autant vous prévenir quand même… Malgré mon enthousiasme méta, tous les épisodes ne sont pas hilarants, loin de là. Certains sont beaucoup moins inspirés, surtout au début de la 1ère saison. Accrochez-vous quand même car au détour d’une scène on surprend parfois une réplique culte, un moment de pure grâce. J’espère vraiment que vous aurez plaisir à découvrir cette série savoureuse : Community vaut le détour !


Pour d’autres avant-goûts :

Connaissiez-vous Community ?

Avez-vous envie de découvrir la série ?

Connaissez-vous d’autres films / séries / romans / fictions qui exploitent cet aspect « méta » ? Un personnage qui prendrait conscience (même furtivement ou ironiquement) qu’il fait partie d’une fiction ? Je compléterai la liste au fur et à mesure de vos suggestions :

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